Née le 25 mars 73, Claire suit un parcours scolaire en milieu ordinaire, malgré son handicap, une pathologie IMC (Infirmité Moteur Cérébrale). En maternelle et en primaire, elle se sent comme les autres, au milieu des enfants dits « valides ». Elle garde quand même quelques souvenirs plus douloureux, comme quand une copine de son frère la traite de mongole. Claire ne comprend pas. Pour elle, les mongoles sont les habitants de la Mongolie ! En cinquième, au cours de sport, un élève veut faire une mauvaise blague : il imite sa démarche et sa voix. Elle éclate en sanglots et est alors frappée de la solidarité des autres collégiens, qui l’entourent immédiatement.
Photo : la table ronde de la Journée de Clôture de la Campagne Handivalides 2010, à l'école des Mines, le 5 mai 2010.
Au lycée, les relations avec ses camarades s’arrêtent aux portes de l’établissement, uniquement à l’intérieur du lycée. Pour compenser, elle bénéficie d’une énorme proximité avec ses enseignants, qui l’encouragent dans ses études.
Son projet professionnel, c’est de travailler dans le domaine de la documentation. Mais, elle en est découragée par l’école de formation qu’elle visite à l’époque et dont les représentantes mettent en avant un rythme intense impossible à suivre dans sa situation. Elle choisit alors d’intégrer l’Université Paris 7 pour une formation en histoire, durant laquelle elle est « contaminée » par le virus de la recherche en histoire grecque.
Ses années d’étudiante lui permettent également de
développer une "vraie" vie sociale. Elle s’engage notamment dans une troupe de théâtre. En parallèle, elle entame, pour la première fois de sa vie, une
démarche de reconnaissance de handicap. A l’époque, c’est pour pouvoir bénéficier d’une aide financière de l’
agefiph pour l’achat d’un ordinateur portable. Quand elle se voit classifiée dans la catégorie C (« grave et définitif) et qu’elle reçoit sa carte d’invalidité à 80%, c’est un vrai choc pour Claire. Jusque là, elle ne s’était jamais définie elle-même comme handicapée.
C’est un vrai travail sur elle-même qu’entame la jeune femme pour accepter son handicap. Il aboutit à cette résolution : « ok pour reconnaître mon handicap mais à condition que mon parcours, qu’on qualifie d’exceptionnel, puisse servir aux autres ».
C’est ainsi qu’après plusieurs rencontres, elle s’oriente vers la sociologie à l’Université Paris X Nanterre. Au bout d’une demi heure d’entretien, elle est admise directement en DEA de sociologie urbaine, pour travailler sur le handicap.
De 1999 à 2004, elle rédige une thèse de doctorat sur la situation des étudiants handicapés. En parallèle, elle reste également inscrite à l’université de Jussieu où elle pratique du sport avec un professeur très impliqué dans la démarche d’intégration des étudiants handicapés dans les activités sportives.
En 2002, elle est contactée par le Relais Handicap de cette Université qui lui propose d’assister à une réunion pour préparer un évènement de sensibilisation au handicap. Elle y va par curiosité, rencontre Fabien de Starting-Block et se retrouve impliquée dans la manifestation : c’est parti pour la première « semaine Handivalides ».
Pendant une semaine, Saïd, Fabrice, Claire et les autres vont à la rencontre des autres étudiants du campus, pour leur faire comprendre leurs handicaps. La petite équipe a vu grand : cinq journées de sensibilisation, chacune sur un thème : déficience auditive, déficience motrice, déficience visuelle, sport et culture. Claire se souvient encore très bien des petits couacs de cette première : la banderole pas droite, les lettres qui ne sont pas passées, l’affiche refusée…
Mais malgré ces quelques soucis, le bilan de l’évènement est très positif. L'expérience sera renouvelée à Jussieu. L’université Paris X, où Claire étudie, souhaite elle aussi mettre en place son évènement Handivalides. La dynamique est lancée...
Si, durant toutes ces années, Claire n’a jamais été bénévole de Starting-Block, elle a suivi de très près le développement de ces activités en tant que
soutien actif et « conseillère technique ». Elle intervient ou anime une grande partie des tables rondes et participe à la réalisation des supports de la
Campagne « Jeunes et handicaps, égalisons nos chances » (documentaire vidéo, livret de sensibilisation etc.).
Son pire souvenir, c’est une table ronde, il y a trois ans, où elle se retrouve seule intervenante devant quatre personnes (dont deux de Start et deux de l’association étudiante co-organisatrice). Mais Claire est surtout intarissable quand il s’agit d’évoquer les bons souvenirs de toutes ces campagnes Handivalides successives. Si vous le lui demandez, elle vous racontera une des tables rondes de l’Université de Nanterre, où le délégué interministériel au handicap, Monsieur Gohet, lui demanda à l’issue de son intervention, un tee-shirt Handivalides, appréciant ce néologisme.
Les projets de Claire pour le futur sont « clairs »: travailler sur le handicap dans la société, notamment sur la question des étudiants handicapés. Même si le nombre des étudiants en situation de handicap a connu une forte progression ces dernières années, il reste encore beaucoup de travail. Claire et Starting-Block ne sont pas prêts à lever le pied !
Propos recueillis par Amélie Nicaise,
Starting-Block